Mai 68 ne se résume pas à une simple révolte étudiante dans le quartier Latin à Paris. Berkeley, Mexico, Prague, la jeunesse du monde entier se soulève pour protester contre la guerre du Vietnam, contre l’impérialisme américain et soviétique, contre l’ordre ancien… La France garde néanmoins une part non négligeable dans la secousse mondiale de 1968. L’année 2008, marquant le 40ème anniversaire des mouvements, est l’occasion d’éclaircir cette agitation sans précédent.
«Il nous faudra des années et des années pour comprendre ce qui s’est passé», écrivait le sociologue Edgar Morin dans son essai La Brèche peu après le conflit de 1968 en France. Ces dires montrent toutes les difficultés à analyser les mouvements de mai 68. Aujourd’hui, les réponses commencent à se clarifier.
Les origines du mouvement : révolte sexuelle, remise en cause de l’autorité…
Les années 60 sont marquées en France par une forte politisation des facultés. Quelques années après la mobilisation contre la guerre d’Algérie, divers groupes de gauche, emmenés par la nouvelle génération, reprennent le flambeau de la révolution. Dans le domaine démographique, le milieu des années 60 illustre l’arrivée à la fin de l’adolescence de la génération du « Baby-boom ». Ces nombreux jeunes aspirent à se faire une place dans une société autoritaire, rigide et paternaliste.
C'est ainsi que mai 1968 est d'abord la «révolte sexuelle de la jeunesse». Les premiers incidents, à la faculté de Nanterre, tournent autour de la revendication sexuelle avec en ligne de mire : l’accès aux logements étudiants (non mixtes). Puis, le mouvement s’étend peu à peu avec des nouvelles revendications. Les étudiants dénoncent le capitalisme, l’austérité gaulliste et plus de droits pour les femmes.

«Libérez nos camarades !»
Le 3 mai, la Sorbonne est occupée par des étudiants révoltés. Ces derniers subissent une intervention musclée de la police : des centaines de manifestants sont arrêtés. En quelques heures, une simple manifestation tourne à l’émeute. Leur embarquement provoque l’attroupement spontané des étudiants du quartier Latin aux cris : «Libérez nos camarades !». Les affrontements sont rudes et choquent l’opinion.
Dans la nuit du 10 au 11 mai, les confits montent d’un cran. A l’appel du syndicat étudiant UNEF, de nombreuses universités sont occupées. D’abord désemparés par ces « gauchistes petit-bourgeois », les travailleurs et les syndicats décident de prendre le relais en prônant pour le 13 mai la grève générale. Celle-ci s’accompagne d’une manifestation imposante dans les rues parisiennes et de l’occupation massive des usines. La crise de la jeunesse évolue vers une crise sociale et politique avec plus de 8 millions de grévistes.


Le triomphe instable de De Gaulle
Les jours s’écoulent et le mouvement ne faiblit pas. Le 25 mai, le gouvernement engage des négociations avec les syndicats. Deux jours plus tard, les accords de Grenelle sont signés. Parmi les mesures, le SMIG est augmenté de 25% et les salaires de près de 10%.
Malgré ces avancées, la base du mouvement conteste encore. La France reste paralysée mais l’agitation s’essouffle. Le 29 mai, De Gaulle disparait soudainement pour revenir plusieurs jours plus tard. Il dissout l’assemblée nationale et fixe les législatives au 23 et 30 juin. Les citoyens expriment alors leur attachement au général. Le parti gaulliste (UDR) obtient une majorité écrasante. Les mouvements débutés en mai 1968 sont terminés.

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