Dans le petit monde de la finance, des sommes astronomiques circulent chaque jour entre les marchés boursiers du monde entier. Dans ce système compliqué et très fermé, ce sont des négociateurs qui gagnent ou perdent de l’argent pour le compte d’établissements bancaires, de multinationales puissantes aux milieux de valeurs boursières qui varient sans arrêt… Webdetente a donc enquêté sur ce métier difficile aux lourdes responsabilités et aux conséquences parfois désastreuses : Trader ! Méfiez-vous donc de l’argent qui vous monte à la tête…

Mais c’est quoi finalement un Trader ?
On les appelle les souvent Golden Boys parce qu’ils manipulent des fortunes, des sommes qui valent de l’or. Les traders sont donc des négociateurs de valeurs boursières engagées par une banque ou une société cotée en bourse. Le trader achète et vend des actions en fonction du cours de la bourse afin de gagner de l’argent lors des transactions, il doit anticiper sans cesse les variations des valeurs afin de faire un maximum de profit. C’est un métier stressant et très risqué puisque les traders doivent spéculer sans cesse sur le mouvement des capitaux et les erreurs se payent souvent en millions d’euros... Le trading demande donc une réactivité permanente et un sang froid exemplaire, il faut décider en temps réel de l’achat ou de la vente d’actions, de devises, d’obligations ou d’options lors des séances de marché… Concrètement, le trader achète aux uns pour revendre aux autres.

Le pit, l'endroit où tout le monde achète et revend ses actions...
La place des marchés en pleine ébullition
Il existe les traders qui négocient directement dans la salle des marchés appelées aussi « front office » ou « pit », ce sont ceux qui gesticulent et font des signes et des gestes précis pour acheter ou vendre leurs actions… Mais il y a aussi ceux qui travaillent dans l’ombre de leur bureau mais qui sont tout aussi importants… On trouve ceux qui fixent les prix du marché ou encore les « scalper » qui réalisent beaucoup de petites transactions rapides en changeant de positions boursières très souvent.

La bourse de New York appelée aussi NYSE
Le trader peut suivre en temps réel l’évolution des marchés boursiers grâce à des ordinateurs et une multitude de téléphones avec lesquels il calcule les risques de ses placements et surveille les négociations et les transactions qu’il effectue. Il faut donc avoir un mental d’acier, une santé du tonnerre et une concentration à toute épreuve car l’ouverture des bourses des marchés internationaux se succèdent tout au long de la journée (Tokyo, Paris, Londres, New York). Le salaire d’un trader est très variable, il reçoit une rémunération de base à laquelle s’ajoute des primes qui varient en fonctions des transactions réussies. En moyenne, un trader touche entre 3 800 € et 6 350 € brut par mois, mais certains individus très doués touchent des sommes considérables grâce à leurs primes…

Le pit en pleine effervescence !

Etre trader c'est aussi travailler dans un bureau...
En règle générale, les sommes engagées sont tellement gigantesques qu’elles ne sont même pas matérialisables, ce ne sont que des chiffres pour les traders, des valeurs volatiles mais qui subissent toute une série de contrôles. Les fraudes sont très difficiles, il y a des contrôles internes et externes des sociétés sur chaque transaction, ainsi que des confirmations par des systèmes de sécurité perfectionnés qui surveillent tous les mouvements rapides de capitaux… Cependant il arrive parfois que certains traders trouvent la faille et détournent ou perdent des sommes folles, et les conséquences sont plus ou moins lourdes…
Société Générale, le cas Jérôme Kerviel

La Société Générale s'est trouvée en grande difficulté il y a quelques semaines...
Il y a quelques jours, la Société Générale, l'un des établissements bancaires français les plus réputés d’Europe, a pourtant fait les frais d’un trader qui a réussi à contourner le système ! La banque a reconnu avoir perdu 4,9 milliards d’euros à cause d’un seul homme qui a effectué une opération spéculative à haut risque… Un coup retentissant dans l’histoire du monde bancaire car le jeune trader a fait courber la Société Générale à lui tout seul, sans jamais être inquiété. Jérôme Kerviel, c’est son nom, est aujourd’hui le trader le plus célèbre du monde, gros plan sur celui qui a fait sauter la banque !

Jérome Kerviel, le trader frauduleux...
« Jérome Kerviel » ! Depuis quelques jours ce nom est sur toutes les lèvres, telle une star internationale, tout le monde veut savoir qui est celui qui a fait perdre près de 5 milliards d’euros à l'une des banques les plus prestigieuses de France. D’origine bretonne, l’homme âgé de 31 ans est discret, on le dit fragile et sans génie particulier. Il va pourtant réussir à monter une opération boursière digne des plus grands escrocs. C'est en Août 2000 qu'il intègre la société Générale avec un master de « management des opérations de marché », décroché avec « mention assez bien », quelques mois plus tôt à l’Université Lyon 2. Le rêve du jeune homme c’est le « Front Office », mais il devra se contenter de traiter et de vérifier les opérations des autres, dans le « middle office ». C’est là qu’il se familiarise avec les procédures de sécurité et donc les règles imposées aux traders, mais Jérome Kerviel ne lâche pas son objectif de vue et 5 ans plus tard, il touche enfin son rêve du doigt et devient trader…

On connait peu de chose de lui, son visage est très rare...
Mais l’ambition du jeune homme ne s’arrête pas là, il veut prouver à son employeur qu’il est LE meilleurs trader et dès 2005, l’homme fait parler de lui. Motivé par une prime de 300 000 euros, il va jouer à la Bourse londonienne et parier sur l’action en baisse d’une assurance allemande : Allianz. C’est gagné pour Kerviel qui empoche alors 500.000 euros, mais il sera sanctionné pour ne pas avoir respecté les règles de sécurité imposées, en effet lorsqu’il parie sur une valeur à la hausse ou à la baisse, le trader doit équilibrer sa mise en proposant une offre contraire : le gain est moins intéressant mais cela évite la banqueroute… Jérome kerviel sera blâmé, mais l’établissement bancaire le gardera à son poste…

Les première photos de Jérome Kerviel pendant son interrogatoire
Habitant d’un petit appartement de Neuilly-Sur-Seine, l’homme a la réputation d’être rangé, peu frimeur, posé et plutôt gentil… Pourtant, durant l’année 2006, l’homme va continuer à spéculer sur des valeurs sans respecter les consignes de sécurité, et très vite ses gains vont atteindre 1,4 milliards d’euros : plutôt pas mal pour un jeune promu ! Le problème c’est qu’il ne peut pas annoncer à sa hiérarchie qu’il a réussi en quelques mois à gagner cette somme à cause de ses méthodes interdites. Pour rééquilibrer les comptes, il invente plusieurs opérations fictives perdantes et déclare à son supérieur avoir fait un bénéfice honorable de 55 millions d’euros, il touche donc sa prime de fin d’année…

Daniel Bouton, le directeur de la Société Générale s'est fait berner...
Jérôme Kerviel va alors frauder pendant près d’un an le système en fabricant de fausses attestations et de faux mails de ses transactions, et ce n’est que le 18 janvier dernier que l’établissement bancaire se rend compte de la supercherie… La Société Générale est donc obligée conformément aux normes comptables internationales de revendre toutes les actions litigieuses, mais cela tombe au pire moment : celui du crack boursier lié à la crise des "subprimes" aux Etats-Unis. La banque perd alors 5 milliards d’euros, sacré exploit puisqu’on estime tout de même que le trader crapuleux a dû placer l’équivalent de 50 milliards d’euros d’actions pour en perdre 5 !

La mise en examen de Kerviel était donc inévitable !
Les sommes gagnées par le trader allaient directement à la banque c’est donc pour cela que le jeune homme mis en examen lundi soir pour «abus de confiance», faux et usage de faux et introduction dans un système de traitement automatisé de données informatiques», a toujours nié s’être enrichi. L’objectif du breton était d’obtenir des primes plus élevées grâce à ses bons états de service, mais lorsque la Société Générale a du régulariser toutes les opérations litigieuses, elle a vendu massivement tous les titres acquis par ce trader, en enregistrant une perte sèche de près de 5 milliards d’euros.
Jérôme kerviel fait la une des médias...
Aujourd’hui Jérome Kerviel est l’homme le plus traqué du monde, très rares sont les clichés de lui et son histoire est aussi rocambolesque que surprenante. Nul doute que les maisons d’éditions vont s’arracher son histoire pour en sortir un livre ou l’adapter à l’écran… D’ailleurs le cinéma et la télévision s’emparent de plus en plus de cette image du trader, ce métier étant tellement secret et complexe qu’il fascine de plus en plus…
Quand les écrans s’emparent des traders…
C’est Canal+ qui doit se frotter les mains car la chaîne à péage française a lancé il y a quelques semaines sa série, SCALP (en rapport aux « scalpers »), une fiction sur les traders et la vie des négociateurs de la bourse. Chance inouïe, cela tombe en plein scandale de la Société Générale, on ne pouvait donc pas rêver meilleure publicité pour cette série encensée par la critique et qui nous plonge au cœur du Pit afin de voir ce qui s’y passe… On s’y croirait presque !

La série très réaliste : SCALP
Making-of de SCALP
Très rares sont les films ou les séries qui traitent du métier de trader car les difficultés pour comprendre ce milieu sont nombreuses… Beaucoup de chiffres, de signes, de calculs et de valeurs qu’il faut que le téléspectateur ingurgite, difficile de s’y retrouver. C’est donc pour cela que peu de réalisateurs ont tenté de retranscrire ce monde-là à l’écran… Pourtant, certains s’y sont risqués et en général le succès était au rendez-vous. C’est le cas du premier film sérieux à parler de la bourse et des petits magouilles qu’il s’y déroule : le superbe Trading Places (Un fauteuil pour deux) sorti en 1983 avec Dan Aykroyd et Eddy Murphy…

Un extrait de Trading Places
Puis c’est en 1987 que Michael Douglas s’illustre dans Wall Street, une fiction qui nous plonge au coeur même du plus gros marché financier du monde : Wall Street. On peut y suivre Bud Fox et Gordon Gekko qui sont les deux héros du célèbre film où l’on peut aussi pour la première fois comprendre précisément les mécanismes et les rouages du marché et les risques que sont prêts à prendre certains traders qui jouent gros à chaque transaction… Une réussite pour une production à laquelle on ne donnait aucun avenir, c’est pourtant l'un des succès au box office de cette année là !

Bande-annnonce de Wall Street
On notera que la 25e heure du réalisateur Spike Lee est aussi un modèle du genre tout comme Rogue Trader sorti en 1993 avec un Ewan Mac Gregor plus vrai que nature, qui joue le rôle d’un jeune trader affûté comme un loup qui en veut toujours plus et qui fait couler sa banque. Un personnage qu’on pourrait facilement comparer aujourd’hui à Jérome Kerviel, M6 s’est d’ailleurs empressé de rediffuser ce film quelques jours après le scandale de la Société Générale.

Bande annonce de Rogue Trader
Extrait de La 25e Heure

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