Présenté au dernier festival de Cannes, le nouveau film de Wong Kar Wai était l'une des sorties les plus attendues de cette fin d'année. Déjà parcequ'il est l'oeuvre de l'un des génies du septième art asiatique, ensuite parce qu'il s'agit de son premier film tourné aux Etats-Unis, avec des acteurs anglais. Dans les salles depuis une semaine, My Blueberry Nights ne semble pas avoir répondu aux attentes des foules, et encore moins séduit les critiques. Notre rédaction revient sur ce phénomène annoncé, pour vous.
Petit résumé et mise en situation
My Blueberry Nights est une sorte de road movie, un récit initiatique aux personnages multiples. C'est une histoire d'amour, l'histoire d'un baiser suspendu dans le temps, suspendu dans l'espace. Délaissée, marquée par une relation qui termine mal, Elizabeth fait la connaissance de Jeremy, propriétaire de café aussi seul qu'elle, qui garde dans un bocal les clés de couples séparés. Ils sympathisent chaque soir autour d'une tarte aux myrtilles, jusqu'à ce qu'elle décide de partir trouver un sens à l'amour sur les routes de l'Amérique.
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S'en suit une galerie de portraits, au hasard des rencontres, étranges et excentriques. Un flic perdu et alcoolique depuis que sa femme, Sue Lynne, l'a quitté, puis une joueuse de poker invétérée qui met sa vie sur le tapis pour oublier que son père est absent.
A travers ces rencontres, cet éventail de destins brisés par la solitude et le vide, débute une réflexion plus profonde. La douleur des autres renvoie à Elizabeth sa propre incapacité à faire le deuil d'une vie passée, d'un amour éteint, et laisse peu à peu la place à l'espoir d'une vie nouvelle. Etrangement, s'éloigner de New York était la seule solution pour se rapprocher de Jéremy.
Comme une impression de déjà vu
Sommet de la virtuosité du réalisateur pour les uns, triste redondance de clichés et copie au rabais de ces précédentes oeuvres pour les autres, les avis sont très partagés sur ce film. Il serait pourtant dommage de rater un film d'une esthétique aussi soignée, où la musique de Ry Cooder occupe un espace considérable.
Wong Kar Wai nous livre ici une copie un peu maladroite, qui laisse une impression de déjà vu. Le réalisateur use toujours des mêmes procédés qui ont fait sa réputation (féeries de lumières artificielles et virtuosité) mais on dirait presque qu'il s'imite, qu'il nous livre une version « à l'américaine » d'un produit dont il serait le vendeur. Le film, indéniablement, ne possède pas la même chaleur, la même sensualité que ces précédents opus. Les dialogues frisent parfois le ridicule, empêtrés dans une niaiserie caricaturale, et le scénario n'offre plus les mêmes charmes. Tout y est dicté d'avance, sans surprise. On déplorera aussi une vision de l'Amérique très clichée, faite de grands espaces, de bars, de motels et de casinos dans lesquels, étranger, le réalisateur semble se perdre. Car c'est là aussi une évidence, à la fin du film on peut se demander si le tout n'est pas un peu survolé, comme si, loin de ses origines, le génie était devenu étranger à lui-même, produisant un ersatz de style.
Dernier petit détail au rang des points noirs, l'utilisation abusive des ralentis. Une figure de style supposée signifier l'intensité des sentiments, et qui est maladroitement utilisée. On dirait d'ailleurs que les réalisateurs ont désormais des quotas de ralentis à utiliser, tellement ce procédé est devenu à la mode. Bon, pour le reste, pas de panique, le résultat n'est pas aussi catastrophique qu'il en a l'air.
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Une esthétique flamboyante
Il y a toujours les mêmes moments de charme, de fantaisies, ces fulgurances visuelles qui s'accomodent d'une bande son envoûtante et aérienne. Entouré des meilleurs artistes d'Hollywood en matière de photographie (Darius Khondji) et de musique (Ry Cooder), Wong Kar Wai nous enchante toujours autant par ses tableaux, remplis de couleurs chaudes et de contrastes de lumières (toujours les mêmes néons qui parcourent son oeuvre). Mais il manque ce je-ne-sais-quoi d'authenticité.
Le travail de l'image est toujours aussi splendide, la bande son s'accorde toujours admirablement bien aux émotions qui portent le film, donnnant une intensité électrique aux moindres gestes des personnages ( Merci Cat Power !!!). On est même absorbé par cette poésie qui illumine chaque petit détail.
Si My Blueberry Nights était aussi attendu, c'était aussi pour son casting. Et à ce niveau rien à dire. Le réalisateur dirige ses acteurs d'une main de maître et le jeu des acteurs est remarquable. Jude Law, si irritant d'habitude, est ici effacé et charmeur, David Strathairn en flic alcoolique, est exceptionnel et incroyablement touchant. Mais que dire de l'éblouissante Natalie Portman, qui semble s'améliorer à chaque apparition, d'un charme exquis, et qui nous étonne encore par sa maîtrise. Tous ces personnages jalonnent le parcours initiatique du personnage principal, Elizabeth, interprêtée par une Norah Jones remarquable pour son premier rôle, effacée, légère et sensuelle, bien qu'un peu trop lisse par moment. Tous souffrent, bien plus encore qu'Elizabeth, mais c'est à eux qu'elle doit cet espoir d'une vie nouvelle.
Extraits de My Blueberry Nights
Deuxième extrait

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