Le nouveau film de Paul Thomas Anderson, l’un des plus talentueux réalisateurs américains, sort le 27 février dans les salles. Après, Boogie Night en 97, Magnolia en 99 et Punch-Druk Love en 2002, il revient avec There will be blood. Les critiques l’encensent, et la presse le qualifie déjà de chef d’œuvre. Webdetente a donc voulu en savoir plus…
There will be blood est tiré du roman Petrol ! signé Upton Sinclair en 1927. Lorsque Paul Thomas Anderson (PTA), tombe dessus par hasard dans une petite librairie de Londres, il sait qu’il vient de trouver le sujet de son prochain film : la ruée vers l’or noir du début du 20ème siècle…

Daniel Plainview entend dire que le sol d’une petite ville de Californie regorge de pétrole, il décide alors d’y tenter sa chance et s’y installe avec son fils adoptif. Little Boston est un endroit perdu où la seule distraction est le sermon dominical du charismatique prêtre Eli Sunday. Heureusement très vite, la chance leur sourit… enfin presque. Car s’ils font fortune, les tensions s'intensifient, les conflits éclatent et les valeurs humaines comme l'amour, l'espoir, le sens de la communauté, les croyances, l'ambition et même les liens entre père et fils sont mis en péril par la corruption, la trahison... Et le pétrole.
Dans cette adaptation, PTA met en perspective l’intérêt individuel et le but collectif. Les anglophones ne verront donc pas un hasard dans le choix du nom du héros qui signifie "vue panoramique". Ainsi on peut lire au travers de l’histoire d’un ouvrier, devenant un magnat du pétrole, l’ampleur du rêve américain à la Rockefeller. Pour cela PTA s’est inspiré de la vie d’Edward Doheny, cet homme qui fit creuser plus de 500 puits au début du siècle dernier, et devint en 5 ans, l’une des plus grosses fortunes américaines. Dans son souci de perfection et de vérité, PTA s’est même rendu dans des régions pétrolières, fouillant dans les vieux journaux jaunis de l’époque, à la recherche d’anecdotes ou de détails.

C’est sans doute la raison pour laquelle les personnages, mêmes secondaires, ont tous un caractère complexe et une existence propre. Que ce soit l'assistant Fletcher, la petite fille martyrisée par son père, le fils adoptif, le jeune prédicateur ou le frère jumeau, aucun d’entre eux n’est diminué par le rôle principal. Celui-ci, interprété brillamment par Daniel Day Lewis, montre un homme simulateur prêt à tout pour défendre ses intérêts vénaux. Il va jusqu’à utiliser les valeurs idéologiques de la population. Cynique et calculateur il va passer du papa tendre au monstre misanthrope qui n’a confiance en personne. Une profondeur née de la collaboration entre les scénaristes et l’acteur qui avait accepté le rôle avant même que les auteurs l’aient achevé.

Cette histoire permet à PTA d’aborder ses deux thèmes de prédilection : la filiation et la foi en Dieu déjà vu dans Magnolia.
La relation père/fils ajoute une grande ambiguïté au personnage de Daniel Plainview. On ne sait pas s’il aime vraiment H.W. où s’il l’utilise pour attendrir les gens et parvenir à ses fins. Pas de réponse claire, juste l’empathie pour ce gamin qui nous rappelle que finalement ce sont les gestes et les comportements qui prouvent les sentiments. Un vide bien plus expressif que n’importe quel discours…

Parallèlement, les scènes d’évangélisation du prêtre, qui dissimulent son manque de confiance sous des transes hallucinées, sont grotesques, voire même risibles. Habile manière de nous faire comprendre le point de vue de Plainview qui considère la foi et la religion comme un moyen de manipuler et de berner son entourage… Cette confrontation entre le bien et le mal, la foi et l’ambition, le prêtre et Plainview, constitue l’enjeu dramatique du film. Et le fait que l’un contamine l’autre assure une fin des plus surprenantes…

Si le scénario est déjà très alléchant, ce que PTA en a fait tient tout simplement du prodige. Au-delà de ses habituels travellings filmés très bas, zooms lents, symbiose image et musique (signée Jonny Greenwood, guitariste de Radiohead), c’est la forme, emprunte d’une réalité brute de décoffrage, digne de Terrence Malick qui captive l’attention. On sent que PTA a utilisé une mise en scène simple, volontairement épurée, pour rentre le contenu plus intense, plus vrai et plus touchant.
Ainsi, les 1ère minutes du film se dispensent de tout dialogue. La subtilité du montage, le choix de la bande-son crépusculaire, les échanges de regard anxieux, la précision maniaque d’un geste et l’intensité brute des images, se suffisent à elles-même. PTA a réussi la prouesse de raconter une histoire en se basant uniquement sur la sensibilité et l’intelligence du spectateur. On assiste donc à des événements extraordinaires volontairement inexpliqués, et aux turpitudes des personnages désorientés dans un monde cruel, richement traduits avec très peu d’effets. Quasiment chaque plan est porteur d'une idée de cinéma stimulante, comme si PTA avait privilégié le fond à la forme, alors qu’au cinéma le vide est plus difficile à représenter. Un film aussi grand que sobre qui s’achève sur un générique où retentit l'éclat de rire du génie.

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