La désignation de Sean Penn à la tête du jury du Festival de Cannes n’a pas enchanté tout le gratin du 7ème art. Son engagement poussé à l’extrême ne fait pas l’unanimité. Retour sur un artiste décalé qui risque bien de nous dresser une palme d’or originale cette année. Portrait.
«Le tremblement de terre en Chine va influencer mon jugement sur presque tous les films. De même pour ce qui se passe en Birmanie», a prévenu Sean Penn, mercredi dernier, avant même la cérémonie d'ouverture. «Il faudra que le réalisateur, ou la réalisatrice, de la palme d'or se soit révélé très conscient du monde qui l'entoure», a-t-il ajouté dans les colonnes du Figaro. Ces remarques illustrent à merveille le personnage : froid, engagé et nonchalant. En désignant Sean Penn comme le président du jury, le Festival de Cannes sait à quoi s’attendre. Aussitôt arrivé sur la croisette, l’américain donne une tonalité politique au Festival. Cela tombe bien, on fête les 40 ans de mai 68...
Crédits photo: Ouest-France
Caractériel et sauvage
Avant d’être un homme engagé, Sean Penn est plutôt considéré comme un homme sauvage et caractériel à ses débuts. Né le 17 août 1960 à Los Angeles, il grandit dans une famille vouée au cinéma. Son père est réalisateur mais sa carrière est rapidement stoppée lorsqu'il se retrouve sur la liste des «blacklistés» du maccarthysme. Sean Penn commence alors à goûter «au plaisir» du sentiment d’exclusion mais sa trajectoire sera différente.
A son insu, Sean appartient à la génération dorée des acteurs américains des années 80. Ses contemporains s’appellent : Tom Cruise, Michael J. Fox, Patrick Swayze... Sa carrière en tant qu’acteur débute et sa liaison avec Madonna, qui défraye la chronique à l’époque, attise «l’homme sauvage». L’acteur ne supporte plus les paparazzis qui rôdent autour de lui. Il est même condamné pour avoir copieusement frappé un photographe : «J'étais incapable de gérer cette célébrité qui me tombait dessus, explique-t-il. Un truc ridicule qui vous éloigne de l'essentiel.» Des faits qui reflètent bien le caractère outrageux de l’homme.
Les rôles marginaux éclairent son talent
Si ces déboires font la une des tabloïds, Sean n’en demeure pas moins un excellent acteur qui émerveille le cinéma américain. Il est nommé à l’Oscar du meilleur rôle pour son interprétation bouleversante d’un condamné à mort aux cotés de Susan Sarandon dans La Dernière Marche en 1995.

Pourtant, de film en film, le constat est clair. Sean Penn se cantonne toujours dans des rôles de marginaux. Dès le début de sa carrière, l’acteur a cette apparence d’âme sauvage, enragé ou disparate qui lui collent à la peau auprès des réalisateurs. N’empêche, il interprète à merveille ses rôles. Les personnages troubles imposent ses talents de comédien. C’est dans ces situations qu’il est le plus brillant. En d’autres termes, pourrait-il jouer dans une comédie ? On en doute...
Fervent militant contre la politique étrangère américaine
On sait que les artistes américains engagés sont légions. Rares sont ceux comme Sean Penn qui pousse l’engagement aussi loin. Son action contre la guerre en Irak a même fait de l'acteur une des figures majeures des mouvements anti-Bush. A plusieurs reprises, le comédien s'est rendu dans le pays envahi par les Etats-Unis afin de dénoncer l'ingérence illégitime et la destruction des libertés civiles. Il va même jusqu'à s'offrir une publicité à 56.000 dollars dans le Washington Post pour demander au président Bush de mettre fin au cycle de la violence. Et aujourd’hui ? S’il continue à alimenter le débat public contre la politique étrangère du président américain, il reste avant tout un artiste du 7ème art. En cette année 2008, il a réalisé le sublime «Into the Wild». Sean Penn nous ferait parfois presque oublier que l’homme est aussi acteur, réalisateur, scénariste...


Archives articles
mp3
Imprimer
Laisser un commentaire
Envoyer a ses amis



