Son nom est connu en France depuis l’élimination de l’Olympique Lyonnais en huitième de finale de la Ligue des Champions : Carlos Tevez avait été l’auteur du but égalisateur à la toute fin du match aller, à Gerland (1-1). Le talent de ce petit argentin (1m70) est incontestable, et les amateurs du championnat anglais le savent depuis longtemps ! Mais ce que l’on connaît moins, c’est le parcours atypique de ce joueur, représentatif d’un phénomène nouveau en Europe, les droits économiques de Carlos Tevez appartiennent en effet à un seul homme : Kia Joorabchian, qui le loue dans différents clubs.

Un champion en herbe
Carlos Tevez est né le 5 février 1984 à Buenos Aires, dans la banlieue sensible de Ejército de Los Andes, également connu sous le nom de Fuerte Apache. Son père refusant de le reconnaître, Carlos porte alors le nom de sa mère, Martinez. Très jeune, Carlos se prend de passion pour le ballon rond, et ses performances sur les terrains vagues du quartier, ou potrero, attirent les recruteurs, ce qui n’est pas sans rappeler un certain Diego… Ainsi, à l’âge de 13 ans, Carlos Martinez intègre le centre de formation Boca Juniors, et son père biologique choisit ce moment pour reconnaître son fils, qui prend alors le nom de Tevez.
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A 17 ans, Carlos Tevez rejoint l’équipe professionnelle de Boca Junior, et devient vite une star locale, marchant sur les traces de Maradona, totalisant 25 buts en 75 matches disputés. L’homme à la cicatrice – Carlos Tevez a été victime d’une brûlure à l’âge de 2 ans, qui lui a laissé une cicatrice allant de son oreille droite à sa poitrine – fait alors la connaissance d’un homme qui va prendre en main sa carrière : Kia Joorabchian, homme d’affaires anglo-canadien d’origine iranienne.
Un passage mouvementé au Brésil
Alors que Carlos Tevez était en relation avec Roberto Tesone, Kia Joorabchian cherche par tous les moyens à acquérir les droits de la star montante du ballon rond argentin. Son but avoué est d’investir dans le football, plus précisément de racheter le club brésilien des Corinthians, et sa stratégie consiste à amener avec lui un joueur de talent. Carlos Tevez accepte de signer un contrat, pour une somme de 22.6 millions de dollars, un record en Amérique du Sud. Dès lors, Kia s’occupe de la carrière de son joueur et de ses intérêts économiques, un peu à la manière d’un agent, à la différence près qu’il ne se contente pas de conseiller son joueur : il le loue.

Après d’âpres négociations, le mystérieux homme d’affaire parvient à ses fins, et acquiert en décembre 2004 les droits économiques des Corinthians pour une période de 10 ans. En contrepartie, il prête gratuitement Carlos Tevez, ainsi que son compatriote Javier Mascherano.
Très vite, les deux joueurs sont confrontés à une évidence : les argentins ne sont pas les bienvenus au Brésil ! Mais grâce à son talent, et un titre de champion du Brésil, Carlos Tevez parvient à gagner le cœur des supporters, et même celui du Président Lula ! Dès lors, les maillots floqués au nom de Tevez s’arrachent, presque autant que ceux de Ronaldinho.
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Cependant, l’idylle entre le peuple brésilien et la star des Corinthians est de courte durée. Dès la saison suivante, en 2005-2006, Tevez entre en disgrâce, suite notamment à une altercation avec des joueurs de son équipe, et surtout à cause des mauvais résultats du club.
Il est temps pour Kia et ses poulains de changer d’air !
Tevez à l’heure anglaise
Kia Joorabchian prend la décision de quitter le Brésil en été 2006, officiellement suite au décès de son père à Londres, qui l’oblige à se rendre en Europe pour lui succéder aux affaires. Officieusement, on peut penser que l’enquête judiciaire entamée à l’encontre de sa société, Media Sport Investments, ne l’a pas vraiment poussé à rester…
Kia n’arrive pas les mains vides en Angleterre : il a emmené avec lui deux des joueurs dont il détient les droits, Javier Mascherano, et bien évidemment, Carlos Tevez.
Toujours désireux d’investir dans un club, Kia jette son dévolu sur West Ham, et de la même façon qu’au Brésil, prête son joueur fétiche au club. Le transfert est effectué quelques heures avant la clôture du marché des transferts, le 31 août 2006.
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Tevez et Mascherano à West Ham (Angleterre)
Tevez connaît une saison difficile, et ce n’est que le 4 mars 2007 qu’il marque son premier but sous ses nouvelles couleurs, inscrivant 7 buts lors des 10 dernières rencontres. Alan Pardew, entraîneur du club à l’époque admet toutefois que Carlos Tevez a largement contribué à sauver le club de la relégation.
En août 2007, l’illustre club londonien, Manchester United, s’entend avec Kia Joorabchian pour louer les services de Tevez, selon des conditions surprenantes : le joueur touche un salaire mensuel de 500 000 euros ; le club verse à Kia et son entité juridique, Just Sports Inc, la somme de 7 millions d’euros par an pour la location. Enfin, Manchester a la possibilité de lever une option d’achat de 30 millions d’euros à échéance en 2010.
Depuis, Carlos Tevez enchaîne les bonnes performances chez les Red Devils, aux côtés des Christiano Ronaldo, Rooney, Scholes, Giggs, et autres stars du ballon rond.

Tevez sous le maillot des Red Devils
Carrière internationale
Parallèlement à sa carrière en club, Carlos Tevez fait les beaux jours de l’équipe nationale d’Argentine. En 2004, il participe à la victoire des Pumas lors du tournoi olympique, en inscrivant 8 buts en 6 matches (meilleur buteur du tournoi). La même année, il rencontre le Brésil lors de la finale de la Copa America, finale qu’il dispute une nouvelle fois en 2007. Il a également brillé dans la sélection lors de la Coupe du Monde 2006. Il partage aujourd’hui la tête d’affiche de la sélection nationale avec un autre prodige : Lionel Messi (FC Barcelone).
Sur un plan personnel, Tevez a reçu plusieurs récompenses : 3 fois élu meilleur joueur sud américain de l’année (2003, 2004 et 2005), footballeur argentin de l’année en 2003 et 2004, et ballon d’or brésilien en 2005.
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Carlos Tevez en équipe d'Argentine
L’imbroglio juridique
Le statut particulier de Carlos Tevez a souvent posé problème au niveau juridique. Au Brésil la société de Kia Joorabchian avait subi une enquête judiciaire. En Angleterre, ce sont les contrats liants les clubs au loueur du joueur qui ont plusieurs fois fait débat.
En avril 2007, la Premier League dénonce le contrat de location passé entre Kia et West Ham pour Carlos Tevez car le club n’avait pas averti la league de sa teneur, en particulier de l’appartenance du joueur à une tierce personne. Grâce à un nouveau contrat négocié avec Kia, stipulant que le « club est propriétaire des droits administratifs du joueur », West Ham est seulement condamné à verser une amende pour erreur administrative (amende qui s’élève tout de même à 8 millions d’euros), sans retrait de point, et sans sanction pour le joueur.
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Nouvelle affaire, lors du transfert de Tevez vers Manchester United en été 2007. West Ham, qui depuis le mois d’avril détient les droits administratifs, revendique à ce titre la propriété du joueur. En pleine confusion, la Premier League fait appel à la FIFA, qui se tourne elle-même vers le Tribunal Arbitral du sport, tandis que Kia Joorabchian saisit la Haute Cour de Londres. West Ham accepte finalement le départ de Tevez, contre une compensation de 3 millions d’euros versée par Manchester United.
Heureusement pour lui, les performances de Tevez ne semblent pas pâtir de tous ces tracas, et le joueur se déclare lui-même « insensible » à ce qu’il se passe en dehors du terrain.
La FIFA se modernise
Le cas de Carlos Tevez illustre parfaitement un nouveau phénomène qui débarque en Europe, et qui vient tout droit d’Amérique du Sud : l’appartenance de joueurs à des particuliers, souvent de riches hommes d’affaires et dont l’origine de la fortune est parfois mystérieuse.
Jusqu’à très récemment, aucun règlement de la FIFA (Fédération Internationale de Football Association) ne prévoyait de tels cas. Aucun article du règlement du Statut et du Transfert des joueurs ne faisait allusion à la présence d’une tierce personne dans les opérations de transfert, y compris celui établi en 2005.
Or, comme le dit Kia Joorabchian : « En Amérique du Sud, cela ne choque personne qu’une tierce partie soit propriétaire d’un joueur. En Europe, c’est différent. ». Et pour cause ! A titre d’exemple, il faut rappeler que le code civil français interdit la propriété de tout être humain par un autre. L’appartenance d’un joueur de football à un homme d’affaires entre bien évidemment en contradiction avec ce principe.
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Les règles de transfert et de statut des joueurs sont très strictes, et les dérives de ces dernières années ont poussé la FIFA à surveiller de près les relations joueurs/agents/clubs. Mais il semble que la fédération internationale ne s’attendait pas à voir arriver le nouveau phénomène, comme en témoigne son incapacité à rendre un avis dans l’affaire du transfert de Carlos Tevez entre West Ham et Manchester United à l’été 2007.
Depuis, le sujet a été discuté a plusieurs reprises, notamment lors d’un Comité Exécutif qui s’est tenu le 14 mars dernier. Un nouveau règlement du Statut et du Transfert des joueurs a été élaboré, complétant celui de 2005, et comporte un nouvel article :
« V. Influence d’une tierce partie :
Article 18bis : Influence d’une tierce partie sur des clubs
1. Aucun club ne peut signer de contrat permettant à une quelconque autre partie ou à des tiers d’acquérir dans le cadre de travail ou de transferts, la capacité d’influer sur l’indépendance ou la politique du club ou encore sur les performances de ses équipes.
2. La Commission de Discipline de la FIFA peut imposer des sanctions aux clubs ne respectant pas les obligations stipulées dans le présent article. »
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Avec ce nouveau règlement, un club ne peut autoriser une tierce partie à entrer dans les contrats de transferts ou d'emploi et ainsi avoir la possibilité d'influer sur l'indépendance, les règles ou les performances des équipes du dit club, ce qui revient à dire qu’un joueur ne peut être vendu ou prêter que par un club. Le but est de simplifier les rapports contractuels entre un joueur, son agent et les clubs engagés, et de permettre à la FIFA de trancher dans des cas comme celui de Tevez.
Quel avenir pour Carlos Tevez ?
La FIFA a donc adopté une position hostile à la possession des droits économiques d’un joueur par une tierce personne, pour éviter toute contestation juridique lors de transferts. Cependant, les termes utilisés dans l’article 18bis évoquent uniquement une possible influence sur les clubs par les propriétaires des joueurs, et cela pourrait laisser la possibilité à des hommes comme Kia Joorabchian de défendre leurs positions en arguant par exemple qu’ils n’ont aucune intention de peser sur la ligne de conduite du club auquel ils louent un joueur.
Le sujet devrait par ailleurs être de nouveau abordé lors du 58e Congrès de la FIFA qui se déroulera à Sydney les 29 et 30 mai prochain.
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Le statut de Carlos Tevez n’a pas évolué malgré l’adoption du nouveau règlement : le joueur appartient toujours à Just Sports Inc., et donc à Kia Joorabchian. Cependant, Manchester envisagerait de lever l’option d’achat sur le joueur dans des délais assez courts, et une rumeur persistante fixe le montant de l’achat à 50 millions d’euros. Espérons simplement que le nom de Carlos Tevez soit désormais davantage associé à ses talents de footballeur, qu’à son statut de «joueur à louer» !
Derniers commentaires pour cet article
Par andy, le 25/03/2008 à 19:01
Sympa l'article :) mais ... " Son nom est connu en France depuis l’élimination de l’Olympique Lyonnais en huitième de finale de la Ligue des Champions " c'est une blague ? c'est un peu comme si vous disiez: Son nom est connu depuis qu'il a inscrit 2 buts en finale de la coupe du monde 98 face au bresil : Zinedine Zidane

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