Drôle de parcours que celui de ce footballeur de 23 ans né en Gironde. Car si le talent de Mathieu Valbuena explose aujourd'hui au grand jour, ils étaient peu il y a encore quelques mois à croire à l'éclosion au plus haut niveau de ses capacités. Tout va très vite dans ce sport et la vérité d'un jour n'étant pas forcément celle du lendemain, « le petit », comme le surnomme affectueusement Eric Gerets, saura t-il franchir un à un les palliers qui l'amèneront jusqu'en équipe de France ?

Sa signature à l'OM, l'apprentissage du haut niveau
Lorsque Mathieu Valbuena signe à l'OM en juin 2006,en provenance de Libourne en National, il passe presque inaperçu. Il faut bien avouer que les caméras sont braquées sur un autre Olympien, Franck Ribéry, que l'on annonce partant un peu partout et qui réussira quelques semaines plus tard une coupe du monde fantastique. Petit par la taille, pas franchement épais avec ses 57 kilos, le meilleur joueur de National de la saison 2005-2006 arrive sur la pointe des pieds tout en espèrant progresser et se faire une place au milieu d'un effectif très étoffé.
Formé à Bordeaux avec la génération Mavuba, il est pourtant recalé et doit s'exiler à Langon-Castets (CFA 2) avant de faire ses preuves l'année suivante à Libourne Saint-Seurin. Accélérateur de jeu, très bon dribbleur, il se fait remarquer par les recruteurs en marquant 9 buts en 2005, et convainc les dirigeants marseillais de l'engager. Albert Emon l'apprécie mais l'utilise avec parcimonie, afin de parfaire son apprentissage de la Ligue 1. Et les blessures à répétition n'arrangeront pas tellement sa situation. Il se fait malgré tout adopter par l'exigeant public marseillais qui apprécie son abnégation et sa générosité, avant de réaliser son premier coup d'éclat. Son unique but de la saison, mais quel but ! Inscrit à la 85ème minute du match ASSE-OM, il qualifie le club pour la Ligue des Champions.
Anfield Road, le déclic
S'il a mis du temps à trouver son rythme et son placement sur le terrain, Valbuena est incontestablement l'un des meilleurs olympiens depuis le début de la saison, au point de devenir l'un des hommes de base du système d'Eric Gerets. Eclipsé par le recrutement en grandes pompes des dirigeants, il a patiemment attendu son heure sans broncher, jusqu'à ce coup d'éclat à Liverpool qui a complètement changé son statut.
Un bijou de frappe enroulé qui finit sa course dans la lucarne de Pepe Reina et offre à l'Olympique de Marseille la première victoire d'un club français à Anfield face à Liverpool. Un but qui va complètement accélérer le cours de sa carrière. Désormais repositionné dans l'axe, entre le milieu et la défense adverse, « le petit » peut faire étalage de tout son talent, balle au pied. Ses accélérations, ses dribbles, son culot et son incroyable envie font merveille au centre du terrain. Avec le départ de Niang à la CAN, l'entraîneur le place en soutient de Djibril Cissé au poste de deuxième attaquant dans son tout nouveau 4-4-2. Et là encore il soulève les montagnes. Il marque un doublé d'anthologie face à Caen (6-1), un condensé de touché, de puissance, de précision...

En peu de temps, cet avaleur de kilomètres à parcouru beaucoup de chemin. Car n'oublions pas qu'il jouait en National il y a encore deux ans. Et Eric Gerets est pour beaucoup dans cette ascension. C'est lui qui décide de le titulariser à Liverpool, pour son premier match comme entraîneur lorsqu'il reprend en main l'équipe. C'est encore lui qui le repositionne dans l'axe, puis en pointe aux côtés de Cissé. Si Valbuena gravit un à un les échelons, il le doit donc aussi en bonne partie au nouveau sorcier Belge de l'OM. Ils entretiennent d'ailleurs des relations particulières puisque Gerets l'affectionne particulièrement.
Un nouveau statut
Après la victoire à Liverpool, les regards ont commencé à évoluer sur le jeune girondin, les tacles se sont fait plus appuyés et les coups plus nombreux. C'est bien la preuve que son statut n'est plus le même, aussi bien dans la presse, que pour le public ou les joueurs adverses.
Pour les supporters d'abord, il n'est plus l'inconnu qui débarquait de National l'année dernière. Du haut de son 1.67 mètres, avec ses crochets, ses accélérations et ses buts venus d'ailleurs, il s'est rapidement fait adopter, au point de lentement faire digérer le départ de Franck Ribéry au Bayern. Les deux joueurs ont d'ailleurs des caractéristiques assez similaires, « J'ai envie de mettre le feu dans le jeu, c'est dans mon tempérament. Un peu comme Franck Ribéry l'a fait. C'est d'ailleurs un exemple pour moi ».

Dans l'équipe ensuite, si tout le monde le prend en affection, il n'est plus aujourd'hui le joueur qui devait faire ses preuves et à qui on laissait quelques bouts de matchs. Il a relégué sur le banc des remplaçants Karim Ziani (certes souvent blessé) que l'on attendait comme nouveau trublion du couloir droit, mais c'est finalement « le petit vélo », comme le surnomment ses camarades, qui donnera le tourni aux adversaires du club. Un épanouissement qu'il doit, on l'a dit, à son repositionnement sur le terrain, où sa complicité avec Djibril fait plaisir à voir. Et à chaque fois qu'il marque, il se révèle décisif. Sans oublier qu'on se souvient toujours de ses buts, tous splendides.
Bref, sa faculté à saisir les opportunités qui se présentent à lui est stupéfiante, à tel point que même la presse l'encense et que l'on parle de plus en plus de l'éventualité d'une convocation en Equipe de France.

Et maintenant ?
S'il est encore un peu tôt pour juger de sa présence à l'Euro, n'oublions pas que Franck Ribéry était lui aussi l'invité surprise de la coupe du Monde en Allemagne, avec la réussite qu'on lui sait. Depuis des mois, il éclabousse de son talent les terrains de Navarre, où sa mobilité et son centre de gravité très bas lui permettent de passer rapidement ses adversaires.
Jamais avare de travail, il est quand même conscient qu'il lui reste beaucoup de chemin à parcourir. Sa petite taille et son poid plume ne l'avantage pas vraiment face aux colosses de bronze qui règnent dans les surfaces européennes. Tout comme sa présence devant le but est également à paufiner. Mais s'il continue en étant régulier, les portes de la gloire devraient s'ouvrir une à une pour lui. Et puis le « petit » est ambitieux :
«Quand on est footballeur, on a forcément dans un coin de la tête l’équipe de France ou les A’. Mais ce n’est pas quelque chose qui me perturbe. Si cette sélection doit arriver, elle viendra.», confiait-il à Luis Fernandez sur RMC.
Présentation du joueur par Telefoot

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