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La piraterie, phénomène contemporain

Tendances  (piraterie moderne ponant)



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Vendredi 4 avril, une trentaine de personnes, dont 22 français, a été prise en otage à bord du navire de luxe le Ponant, à l'entrée du golfe d'Aden au large de la Somalie. Alors que la situation a été débloquée une semaine après le détournement, dans des conditions encore ignorées, Webdetente vous aide à mieux comprendre un phénomène qui touche les océans depuis des siècles, et qui est loin d’avoir disparu : la piraterie.

ponant
Le Ponant

De quels pirates parlons nous ?

La piraterie est un phénomène aussi ancien que la navigation. Déjà dans l’Antiquité, les pirates attaquaient des embarcations dans le but de voler leurs chargements. Jules César lui-même a été victime de ces individus, avant d’être libéré contre le paiement d’une rançon !
Le pirate, dans l’imaginaire collectif, ressemble surtout à Jack Sparrow : balafré au visage, souvent borgne, avec une jambe de bois ou un crochet, ou encore un perroquet perché sur l’épaule. Non, les pirates dont nous parlons n’ont rien en commun avec cette description. Les pirates de l’Antiquité, les flibustiers du XIIIe siècle, ont bel et bien disparu, laissant la place à des pirates d’un nouveau genre, mais toujours intéressés par le profit qu’ils peuvent tiré d’une cargaison, ou d’une prise d’otage.

jack sparrow
Jack Sparrow (Pirates des Caraïbes)

 Qu’est ce que la piraterie ?

Les termes de piraterie et de pirates sont souvent utilisés de façon abusive par les médias, en tous cas sur le plan légal. En effet, selon le droit international et la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, on ne peut parler de piraterie que lorsque les attaques ont lieu en haute mer, ou dans tout autre lieu qui ne relève pas de la juridiction d’un Etat en particulier. Légalement, la plupart des attaques ne peuvent donc pas être qualifiées d’actes de piraterie, mais plutôt de vol, d’agression, voire de meurtre, des crimes jugés de façon indépendante par chaque Etat. Cependant, par extension du vocabulaire et hors du cadre juridique, tous les actes de banditisme naval sont considérés comme des actes de piraterie, et les hommes qui les commettent comme des pirates.
 

L’ampleur du phénomène

Si l’affaire du Ponant a pu surprendre la plupart d’entre nous, cela ne signifie pas qu’il s’agisse d’un cas isolé. La piraterie moderne est un phénomène de grande ampleur, surtout depuis une quinzaine d’années, et le Bureau international maritime a par exemple recensé 263 cas de piraterie en 2007, un nombre qui est sans doute bien en-dessous de la réalité. Face à l’ampleur du phénomène, seules de rares initiatives permettent de protéger les cargaisons des pirates. Ainsi, pour répondre à la menace qui pèse sur eux, les navires du Programme Alimentaire mondial (PAM) ont reçu la protection de la marine française, puis de la flotte néerlandaise et danoise, pour arriver à bon port ce qui n’a pourtant pas empêché qu’il y ait des vols au moment du déchargement ou de la distribution des vivres. La piraterie moderne n’est donc un phénomène négligeable, d’autant que 97% des marchandises et 60% des produits pétroliers circulent par voie maritime dans le monde, ce qui laisse un large choix aux pirates pour agir.

 
 

Les zones à risque

Tout comme leurs ancêtres, les pirates d’aujourd’hui sévissent dans des endroits stratégiques, des lieus de passage difficiles à contrôler. Ainsi, plusieurs zones maritimes sont particulièrement touchées par les actes de piraterie : l’Asie du Sud et du Sud-Est, c'est-à-dire la mer de Chine méridionale (principalement autour du Détroit de Malacca), les côtes de l’Amérique du Sud, du golfe d’Aden et de la mer Rouge, la mer des Caraïbes, le golfe de Guinée et les côtes de la Somalie. Ces régions attirent les pirates car elles sont des lieux de fort trafic maritime, mais aussi parce bien souvent, les eaux territoriales des pays concernés sont mal sécurisées.

 

Quel type d'attaque?

A force de pratique, les pirates modernes ont développé un système efficace. Les attaques ont lieu généralement de nuit, en haute mer comme en zone de mouillage. Qu’il s’agisse de groupes isolés ou d’organisations mafieuses, les pirates s’approchent généralement discrètement des navires à l’aide d’embarcations rapides et légères, avant de monter par l’arrière du bateau, là où le pont est le moins surveillé. Ils sont également généralement armés de couteaux, voire d’armes à feu, pour décourager toute forme de résistances de l’équipage.
Lorsqu’il s’agit de navires marchands, les pirates sont intéressés par la cargaison, qu’ils peuvent généralement revendre, mais aussi par l’argent liquide qui se trouve à bord : celui des marins qui touchent une grande partie de leur solde en liquide, ainsi que l’argent destiné au paiement des taxes portuaires. Outre les vols, les plus violents des pirates n’hésitent parfois pas à tuer leurs otages, ou à les échanger contre des rançons. Mais les bateaux de tourisme et de luxe, tels que le Ponant, sont également devenus la cible de ces pirates du XXIe siècle.
 

Les solutions

Depuis quelques années, les organisations internationales tentent de mettre en place des moyens efficaces de lutte contre la piraterie, car les armateurs sont impuissants face à ce fléau. La définition juridique de la piraterie pose problème : il est aujourd’hui impossible de poursuivre les pirates où qu’ils se trouvent, et ils leur suffit donc de changer d’eaux territoriales pour éviter toute poursuite de la part du pays où ils ont commis leurs méfaits.

Face à ce constat, seule une politique de prévention permet de limiter les attaques. Pour protéger les navires, un système de localisation par satellite a été mis en place. Depuis 2004, le BMI demande à ce que les navires soient équipés de ce système, qui permet aux équipages victimes d’une agression de donner l’alerte où qu’ils soient à travers le monde. Le code ISPS (Sûreté internationale des navires et installations portuaires), permet au navire en détresse d’envoyer un signal directement au centre anti-piraterie du BMI, lui même en liaison permanente avec les autorités côtières. Ce système permet par exemple de retrouver des navires détournés et rebaptisés par les pirates.
En dehors de cet équipement, les navires sont invités à éclairer davantage le pont, et à dresser des barrières électriques le long du bord.
Certains armateurs ont également recours à des compagnies privées de sécurité pour escorter leurs bateaux, mais cela n’est pas permis dans tout les pays.


Patrouille américaine contrôlant une embarcation suspecte

Le cas du Ponant

Le Ponant est un bateau de croisière de luxe appartenant à la CIP, une filiale du groupe CMA CGM. Détourné vendredi dernier avec les membres d’équipage à son bord, le navire a parcouru plus de 400 kilomètres le long des côtes somaliennes, avant de jeter l'ancre près d'un village, au sud du pays. Les spécialistes estiment que le Ponant est aux mains du plus puissant des groupes de pirates locaux, les « Somali Marines », et ils considèrent que la crise devrait trouver une issue pacifique, avec le versement d’une somme encore inconnue par le propriétaire du yacht.
Alors que les autorités se font discrètes sur la nature des contacts pris avec les ravisseurs, Nicolas Sarkozy a reçu les proches des otages français. Malgré l’envoi de troupes du GIGN et de COS (Commandement des opérations spéciales) en Somalie, Bernard Kouchner a affirmé donner la priorité à la négociation, et attendre que les pirates expriment leurs exigences. Les négociations semblent avoir été efficaces, puisques les otages ont pu être libérés vendredi 11 avril, soit une semaine après les faits, dans des circonstances non précisées.


Le Ponant

 

Depuis une quinzaine d’années, on assiste au retour de la piraterie maritime. Ces pirates modernes, à l’instar de leurs ancêtres, s’attaquent aux navires marchands aussi bien qu’aux bateaux de croisière, dans des zones très fréquentées, et mal protégées. Malgré les mesures prises par le Bureau International Maritime, ainsi que les conseils distillés par celui-ci aux armateurs, les actes de piraterie se poursuivent, notamment sur les côtes somaliennes, et l’exemple du Ponant ne fait que révéler au grand public un phénomène de grande ampleur, bien connu des autorités internationales...

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